J’ai eu la chance de visiter l’exposition « Pattern, Crime, and Decoration » de Dijon, et je l’ai trouvée fascinante. Elle m’a beaucoup inspirée et donnée indirectement des idées de décoration donc je vous parlerais prochainement. Elle se concentre sur un mouvement étrange et obscur des années 1970 et du début des années 1980, l’art américain Pattern and Decoration. Il s’agissait d’un amalgame d’un outil de design américain intemporel, de figures, de couleurs vives et d’arabesques. Sail Away de Robert Kushner, de 1983, est l’une des oeuvres majeures. C’est une émeute de motifs ancrés par une paire de nus en contour. C’est abstrait, grand, très attrayant, plat comme une crêpe, ou un papier peint, et délicieux.

J’ai beaucoup appris. C’est instructif car Pattern and Decoration était un mouvement éphémère. Il a eu un son heure de « gloire », puis s’est dissous dans les brumes. Pour commencer, les années 1970 et 1980 n’ont pas été une période propice pour la peinture américaine. La Génération des images, l’art féministe et l’art activiste ont déplacé la peinture pure, tout comme la photographie en général. Personne ne s’est penché sur ce travail depuis des années.

J’aime les musées qui ressuscitent des artistes ou des mouvements enterrés dans le brouhaha de critiques, de marchands et de collectionneurs médiocres.

Pattern, Crime, and Decoration est installé dans les galeries blanches du Consortium. J’ai expliqué aux deux réalisateurs visionnaires, Eric Troncy et Franck Gautherot, que je n’étais pas complètement fana de la mise en scène. Il n’y a pas d’interprétation. Le spectateur est laissé à lui-même. C’est simplement l’art et les petites étiquettes, ce que j’appelle des étiquettes « nom, type et numéro de série », avec le nom de l’artiste, la date et le support, et le propriétaire. Je sais que c’est un style de présentation de l’art : elle empêche les conservateurs autoritaires d’imposer un sens et force le spectateur à regarder et à réfléchir. Ce sont de bons objectifs. Mon parcours, surtout dans l’enseignement des musées, est différent. Je pense qu’un panneau mural didactique au début de l’exposition serait un lancement utile pour les visiteurs car l’art défie les idées préconçues. C’est mon seul regret sinon l’exposition était passionnante.

Le « crime » dans le titre de l’exposition fait référence à « Ornement et crime », un essai de 1910 d’Adolf Loos, l’architecte autrichien. Le mouvement Pattern and Decoration dit « oui » et « non » à Loos. Il laisse les vieux maîtres européens en dehors de la conversation. C’est très moderne, mais ça fait tourner le style sec et serré de Josef Albers, par exemple. Oui, c’est une étude des formes géométriques de base, mais ses zigzags élégants et arbitraires ressemblent aux motifs de la décoration islamique ou aux bords des mosaïques romaines et byzantines. Egremont, à partir de 1985, par la superbe Valérie Jaudon, en est un bon exemple. C’est du minimalisme avec intrigue.

C’est aussi un mouvement réactionnaire, ce qui ne le rend pas mauvais. En fait, c’est un soulagement. C’est un grand soulagement du cynisme cool du pop art, de son obsession pour la culture de consommation et de son recours aux techniques du dessin animé et de l’art commercial. Les surfaces peintes sont souvent luxuriantes, voire décadentes.

L’un des arguments de l’exposition est que Pattern and Decoration était le dernier mouvement artistique américain cohésif. Le marché de l’art et la communauté critique étaient alors minuscules et insulaires. Les artistes partageant les mêmes idées avaient tendance à voyager en meute. La diffusion de nouveaux styles et thèmes a été plus lente. Les gens communiquaient encore par courrier, par téléphone, dans les journaux et les magazines, et lors de la visite de la galerie. L’art d’aujourd’hui va dans un million de directions différentes. Les mouvements n’ont pas le temps de se figer, encore moins de se développer. Je trouve toute cette énergie et foisonnement d’idées très bien mais regrette aussi qu’on n’aille pas au bout des choses. Peut-être une mode ? En tout cas je vous encourage à visiter cette exposition si vous êtes de la région car elle est très intéressante.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

id odio Praesent non nec diam Donec elit. venenatis, in